Marseille : entre échec politique et insécurité

La situation à Marseille, deuxième ville de France, semble se détériorer au fil des mois malgré des déplacements ministériels, quelques discours de fermeté et des renforts policiers qui ne changeront, hélas, pas le quotidien des Marseillais.

La ville est, aujourd’hui, tristement connue pour ses règlements de compte (13 depuis le début de l’année). Ces faits divers ont éclipsé les initiatives culturelles pourtant de grandes qualités. En effet, Marseille Provence 2013 est la capitale européenne de la culture.

Il convient de s’arrêter quelques instants sur la situation politique pour comprendre et mieux appréhender la situation sociale qui impacte la sécurité des Marseillais au quotidien. Deux constantes permettent de dresser une conclusion peu encourageante.

L’échec politique marseillais

La situation politique à Marseille semble bloquer toute dynamique de reconquête des quartiers populaires avec l’appui des services de l’Etat.

Sur le plan régional, d’abord, les récentes affaires judiciaires ayant débouché sur la condamnation en première instance de Sylvie ANDRIEUX, Députée et ancienne Vice-présidente du Conseil régional Provence-Alpes-Coté-d’Azur, pour détournements de fonds publics sur fond de clientélisme à destination d’associations de quartier met en exergue un système de distribution de fonds publics contre des soutiens politiques… En d’autres termes, des achats de voix. Elle compensait son manque d’ancrage territorial par une distribution tout azimut de deniers publics. Le procureur de la République de Marseille dans son réquisitoire employait le verbe de « domestiquer les habitants » pour dénoncer ces pratiques détestables.

Le Département des Bouches-du-Rhône présidé Par Jean-Noël GUÉRINI, mis en examen à plusieurs reprises (association de malfaiteurs, prise illégale d’intérêts, trafic d’influence, corruption passive, détournement de fonds publics et favoritisme) est également symptomatique d’un malaise politique à Marseille.  Même si la présomption d’innocence s’applique pour l’élu départemental, l’un des premiers employeurs du Département, les faits reprochés et les éléments à la disposition du grand public montre une politique clientéliste et une gestion opaque des deniers publics.

Sur la plan intercommunal, ensuite, avec la communauté urbaine de Marseille Provence Métropole présidé par Eugène CASELLI, un temps réputé très proche de Jean-Noël GUÉRINI. Si rien ne semble atteindre cette collectivité, les soupçons des juges et les interceptions électroniques semblent avoir brossé l’intercommunalité comme une tirelire au service d’un clan. Heureusement, cette collectivité semble fonctionner normalement avec des chantiers intéressants comme l’amélioration des transports en commun via la Régie des Transports Marseillais (RTM) tant sur les désertes, la rénovation des rames que sur la sécurité, outil indispensable pour le développement économique de la Ville.

Sur le plan communal, enfin, avec la Ville de Marseille dirigée par l’inoxydable Jean-Claude GAUDIN. Cette ville cristallise un système clienteliste illustré par le « fini-parti », cette politique partisane qui autorise les éboueurs à quitter leur poste dès la fin de leur tournée même s’ils n’ont pas effectué les heures de travail prévu par leur contrat. L’absence de politiques dans les domaines de l’éducation, la formation, l’emploi et le développement économique isole les marseillais. Pourtant cette ville dispose d’atouts considérables comme un port tourné vers la Méditerranée et un accès direct au Maghreb où la croissance peut offrir de belles perspectives économiques.

D’autres élus locaux sont mis à l’index comme l’infréquentable Henri JYBRAEL, élu qui ne réside pas sur le territoire dans lequel il est, pourtant, élu. A droite, l’éloignement de Renaud MUSELIER dont l’épouse est renvoyée devant le tribunal pour recel de favoritisme et de prise illégale d’intérêts dans ses prestations pour Habitat Marseille Provence (HMP), l’office HLM municipal ne donne guère d’espoir à cette génération.

Ce contexte politique donne une clé de compréhension sur la difficulté du Ministre de l’Intérieur à trouver des interlocuteurs crédibles.

La bataille de Paris contre l’insécurité

Les déplacements et les déploiements de forces de sécurité publique freineront, difficilement, cette spirale infernale. Une vraie politique globale de prévention et de lutte contre la délinquance se décline également sur les plans éducatif et économique en passant par la mise en place d’une politique audacieuse en matière de formation. La politique de tolérance zéro doit pouvoir s’appuyer sur une politique répressive donc préventive mais également une politique d’insertion économique ambitieuse afin de donner une alternative à la cité. La région PACA en charge de la formation et du développement économique semble encore en convalescence après son procès contre Sylvie ANDRIEUX.

Positionner un policier ou un gendarme à chaque coin de rues ne modifiera pas la situation économique et sociale de cette ville. Les forces de sécurité publique exprimeront une lassitude à contrôler toujours et encore les mêmes personnes. Les enquêteurs trébucheront sur les mutismes des familles et des amis d’assassinés.

Quelles perspectives pour Marseille et sa région

Le Ministre de l’Intérieur a commis une erreur politique en s’emparant seul de ce dossier dont il a fait un enjeux quasi personnel.

Il faudra attendre plusieurs générations pour qu’une politique efficace de prévention et de lutte contre la délinquance produise ses premiers effets. Les trafiquants semblent bien trop déterminés pour se laisser distraire par un communiqué de presse et la venue d’un ministre trop préoccupé par sa communication personnelle.

Le Gouvernement doit également se pencher sur les relations qu’il entretient avec les élus marseillais. Il ne sert à rien de bouder des politiques qui jouent le pourrissement avec des intentions purement électoraliste. Le Premier ministre dispose de plusieurs hypothèses :

  1. La première consisterait à les intégrer dans une politique de coproduction (Région, Département, intercommunalité, Ville et services de l’Etat) afin de dégager des moyens importants pour enclencher une stratégie de reconquête.
  2. La seconde consisterait à écarter les décideurs politiques définitivement impropres à l’intérêt général et prendre toutes les dispositions administratives nécessaires afin de placer cette ville sous tutelle du Préfet ce qui reste une possibilité prévu par les textes.
  3. La troisième consisterait à rassembler des élus de différentes sensibilités afin de réfléchir et mettre en place, à partir d’un constat partagé, un vrai plan d’action en direction des quartiers populaires.

Le Gouvernement doit examiner et engager dans les plus brefs délais une grande concertation afin de transformer Marseille et en faire une passerelle vers l’Afrique avec son fort potentiel économique.

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